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Le fonctionnement de la dépendance
Avec l'avènement des nouvelles technologies, connaissances chimiques, et physiologiques, de nouvelles addictions voient le jour. Des dépendances ancrées culturellement sont toujours présentes de nos jours.
Une addiction se traduit par une double dépendance :
Dépendance physique : État adaptatif de l'organisme caractérisé par l'apparition de troubles physique, parfois intenses lorsque l'administration est suspendue brusquement. Leur ensemble constitue le syndrome de sevrage, d'abstinence ou de manque.
Dépendance psychique : Désir souvent irrépressible de répéter les prises afin de multiplier les expériences agréables.
Ces deux notions de dépendance ont une très forte corrélation, l'une influant sur l'autre et réciproquement.
Toutes les drogues ont une action sur le cerveau, qui est plus ou moins la même dans le sens où certains actifs jouent un rôle sur les récepteurs spécifiques au niveau des synapses.
Les synapses sont des zones entre deux neurones où s’effectuent la transmission des messages nerveux .
Cela nous permet de nous poser la question suivante :
Qu'est-ce qu'un objet d'addiction ? Comment physiologiquement un individu se soumet ou s'oppose à une addiction ?
Nous étudierons par des exemples les mécanismes en jeu, lors d'une dépendance.
Pour cela, nous verrons les différrentes addictions.
Les addictions naturelles : qui sont dues à des produits que l’on trouve dans la nature tels que le café ou la feuille de coca.
Les addictions synthétiques : qui sont dues à des produits naturels qui sont transformés chimiquement par l’homme comme l'héroïne et le tabac
Et les addictions sans substances : qui sont dues à des mécanismes physiologiques comme le circuit du plaisir ou celui de la récompense.
Neurobiologie et dépendance
Les circuits neuronaux
L’esprit humain se développe par création (points de contact ioniques) et renforcement chimique progressif de circuits neuronaux. Un circuit neuronal fréquemment emprunté devient, par suite d’accumulations ioniques, de plus en plus facile à « emprunter ». Pour les drogues ce phénomène est appelé tolérance (ou accoutumance), Diminution des effets sur l'organisme d'une dose fixe d'une substance au fur et à mesure de son utilisation. Elle se traduit par la tendance à augmenter les doses à chaque prise et à la réduction du temps entre celles-ci. C’est un auto-renforcement progressif, et cela est vrai pour tout : les comportements, les humeurs (exemple : l’anxiété, l’optimisme), les idées mais aussi les dépendances.
Les neurotransmetteurs
En plus de l’eau et du sang, dans le cerveau circulent plus de 60 neurotransmetteurs, chargés de faire passer un message nerveux, de l'élément présynaptique, à l'élément postsynaptique. Leur rôle est d’agir sur des circuits neuronaux complexes qui à leur tour, déclenchent des réactions dans le corps.
La dopamine est dite comme étant la molécule du désir. Elle est responsable de l’excitation et elle met en marche les mécanismes nécessaires à l’atteinte de nos buts (active les circuits neuronaux qui nous incite à réagir à la récompense). Sous l’influence de ces mécanismes on se sent motivés, optimistes et confiants.
La dopamine prépare le cerveau de manière à ce que les décisions soient suivies des actions. Elle influence nos vies de trois manières : nous rend attentifs dans les situations intéressantes : elle nous réveille, « demande » aux cellules grises de mémoriser les expériences agréables (nécessaire à l’apprentissage), et est aussi nécessaire au contrôle des muscles par le cerveau.
Les découvertes indépendantes de trois groupes de chercheurs ont prouvé en 1973 que nos neurones détiennent des récepteurs (des points de contact chimiques) pour des opiacés comme la morphine et l’héroïne. Plus tard, des découvertes ont montré que notre corps produit lui-même des substances ayant des effets similaires à la morphine : les endorphines. Les endorphines déclenchent des sensations agréables, les dynorphines déclenchent les sensations de dégout.
Les mécanismes du plaisir et du désir
Nous détenons dans notre cerveau un circuit multifonctionnel pour le désir. La chose principale nous faisant désirer quelque chose est le plaisir, et même, plus encore la mémoire du plaisir. Le cerveau enregistre les situations agréables et souhaite les reproduire.
C’est cela qui fait la force de ce programme dans notre cerveau mais aussi sa faiblesse. Avoir et désirer, sont deux choses différentes, les fumeurs ont bien appris cela.
Une seule cigarette peut être extraordinaire. Mais qu’en est-il de la 10ème de la journée ? La cigarette n’apporte plus aucun plaisir, au contraire, elle dégoute, mais le fumeur la veut quand même. Si son paquet est vide, il est capable de courir en acheter au milieu de la nuit. Nous ne sommes pas habitués à faire la différence entre le désir d’avoir et désirer parce que souvent, ces désirs se superposent.
C’est cette confusion qui mène à la dépendance. Chez les humains, les sensations agréables apparaissent dans deux situations : quand on veut quelque chose ou quand on reçoit quelque chose que l'on aime. Ces deux vécus, la volonté et le désir ou l’anticipation et le plaisir sont déclenchées de façons différentes dans le cerveau. Lorsque nous nous réjouissons de façon anticipée de quelque chose, le cerveau sécrète de la dopamine. A contrario, lorsque nous savourons quelque chose, les neurotransmetteurs sont les opioïdes. Sous l’influence de la nicotine et de la cocaïne, le niveau de dopamine augmente par trois et sous l’influence de l’alcool, par 2.
La dopamine nous maintient éveillés et attentifs, on se sent mieux après une cigarette et plus productifs que d’habitude, et après un ou deux verres de vin, plus optimistes. Toutes les dépendances agissent selon le même mécanisme, les drogues se différenciant seulement par la façon dont ils déclenchent la dépendance.
La nicotine libère directement de la dopamine en activant les neurones respectifs. De plus, la nicotine imite une substance naturellement présente dans le corps le neurotransmetteur chimique Acétylcholine (ACh) et multiplie les récepteurs nicotiniques ce qui implique un besoin accru de nicotine. L’alcool, la morphine et l’héroïne augmentent indirectement le niveau de dopamine en désactivant les neurones qui normalement actionnent contre le système d’anticipation.
Sous l’influence de la cocaïne, la dopamine libérée, qui habituellement disparait rapidement dans les parois des cellules du cerveau, reste plus longtemps en circulation dans l’organisme. Mais ce qui est décisif, est le fait que le cerveau associe définitivement la drogue au désir de l’avoir. Un cerveau dépendant voit une cigarette et commande immédiatement « allume-là » tout comme il réagit au stimulus « bouteille » par la commande «bois ». Même la vue d’une seringue peut déclencher chez les dépendants d’héroïne les mécanismes du désir, comme l’ont prouvé les analyses par tomographe.
Le plaisir de bien manger peut se transformer en boulimie, le plaisir de pratiquer un sport en obsession, le plaisir de gagner dans la passion du jeu. Tous les comportements obsessifs apparaissent de manière semblable.
Qui devient dépendant ?
Les drogues aident à l’oubli, mais tous ceux qui ont des problèmes ne se droguent pas, et tous ce qui se droguent ne deviennent pas dépendants. Tous les amateurs de vin ne deviennent pas alcooliques, tous ceux qui prisent la cocaïne ne deviennent pas victimes de la dépendance. Le plus grand nombre des personnes droguées se trouvent parmi les fumeurs. Les cigarettes sont la drogue la plus séduisante parce qu’on peut se la procurer facilement, relativement peu chère, et parce que la nicotine possède une influence directe sur les mécanismes de libération de la dopamine.
Une personne qui est ou qui a été dépendante d’une drogue risque de devenir dépendante aussi d’une deuxième drogue. On appelle ça des polytoxicomanies. Après la désintoxication de morphine, on peut devenir dépendant de l’alcool. Presque chaque dépendant d’héroïne est aussi dépendant de la cigarette ou de l’alcool.
Le risque est encore plus grand chez ceux qui ont commencé à fumer ou boire à la puberté, parce que le cerveau est plus facilement malléable lorsqu'on est jeune.
La méthode la plus efficace de préserver de la dépendance est de garder les enfants éloignés des stupéfiants.
Dans le cercle vicieux
Très souvent, la personne dépendante ne va plus ressentir que le besoin aveugle de drogue, elle ne va plus le savourer. C’est la programmation du cerveau pour la drogue, et non pas le plaisir de fumer ou de boire qui maintient la dépendance.
Bien sûr, les stupéfiants ont des effets agréables. Les cigarettes, la bière et même les drogues plus puissantes nous font nous sentir bien. Le meilleur exemple est l’héroïne, qui ressemble du point de vue chimique aux opioïdes, et induit un état euphorique. Par des voies plus compliquées, la nicotine et l’alcool arrivent à avoir le même effet.
Si on cède seulement occasionnellement à ces plaisirs, les conséquences ne seront pas de longue durée. Mais les personnes qui consomment régulièrement des drogues, ont besoin de quantités de plus en plus grandes ; leur effet disparaît, le cerveau ne réagit plus. Le plaisir se perd progressivement et avec le temps, il ne s’agit plus des états euphoriques, mais de garder un état à peu près normal. Une journée sans drogue semble triste.
La substance stupéfiante rétablit pour quelques heures l’ancienne joie de vivre mais en même temps, le cerveau devient progressivement insensible ; le consommateur de drogue est de plus en plus dépendant. Vient un temps ou même le fait de fumer cigarette après cigarette ou boire de la vodka dès le petit déjeuner ne peuvent plus offrir le bonheur ressentit lors des première consommations aux dépendants. Il n'y a plus le moindre plaisir, la seule raison pour laquelle ils continuent, c’est qu’ils ne peuvent plus s’arrêter.
Dès que la substance manque, apparaît la sensation de sevrage, caractérisée par des tremblements, des frissons, des nausées, voir même des délires. Mais le sevrage physique est relativement facile à supporter, du moins en comparaison avec ce qui vient après. Les frissons, les tremblements, la nausée peuvent être calmés avec des médicaments et disparaissent en quelques semaines.
Il est beaucoup plus difficile de contrôler le désir d'une drogue sur le long terme, car le plaisir éprouvé lors des premières fois est resté enregistré dans le cerveau. Beaucoup de gens pensent qu’une personne consomme de la drogue d’abord pour éviter l’apparition des symptômes de sevrage. Mais cela n’explique pas pourquoi on peut devenir dépendant après des dizaines d’années. L’insensibilité du cerveau à la drogue disparait rapidement, au cours du sevrage. Malgré cela, le nombre de personnes qui reprennent la cigarette après des nombreuses années d’arrêt reste relativement élevé.
La récidive peut être comprise seulement en tenant compte du fait que la volonté et le plaisir sont déclenchés différemment par le cerveau. La dépendance pervertit les deux mécanismes. Si la vie sans drogue parait fade, c’est parce que le stupéfiant a affecté la capacité de ressentir le plaisir. Le besoin obsessionnel de drogue apparait parce que la substance a reprogrammé les circuits cérébraux responsables de la volonté.
Alors que l’insensibilité au plaisir est réversible, le système d’anticipation reste affecté sur le long terme. En d’autres mots, les mécanismes du désir sont responsables du fait que la dépendance soit si difficile à vaincre, et la récidive guette à chaque pas.
Le cerveau assimile la substance stupéfiante avec la dépendance, mais aussi les stimulis qui l’accompagnent : la fumée des bars, la rencontre des vieux amis, l'arôme des quelques gouttes de rhum d’un gâteau.
L’expérience de la dépendance modifie pour toujours le mode de fonctionnement des neurones. Dans le cerveau apparaissent, comme des câbles épais, des connexions entre les neurones qui ont comme effet le déclenchement du désir de la drogue.
Ces connexions disparaissent très rarement spontanément (les chercheurs ont pu reconnaitre des rats qui avaient été dépendant de l'alcool, d’après la façon de fonctionner de certaines cellules du cerveau).